Quelle est la différence entre asexué et asexuel ?

S'ils parfois employés indifféremment pour désigner une absence de désir sexuel, les termes "asexué" et "asexuel" n'ont en réalité pas du tout la même signification .

Le terme "asexué" désigne avant tout une réalité biologique. On qualifie d'asexué un organisme qui se reproduit sans l'intervention d'organes sexuels, c'est à dire sans la fusion de deux gamètes de sexe différent (ni ovule, ni spermatozoïde). L'être "asexué" n'a donc pas besoin d'un individu du sexe opposé pour se reproduire. C'est notamment le cas de certaines requins et de certaines abeilles, mais absolument pas des hommes ! Il s'agit donc ici d'un abus de langage et d'une erreur fréquemment commise. Le terme asexué est employé à tort pour définir une personne asexuelle, ce qui n'est évidemment pas du tout la même chose.

Asexuel, qu'est-ce que c'est ?

L'asexualité, au même titre que l'hétérosexualité ou l'homosexualité, est une orientation sexuelle. Elle désigne une personne qui n'est pas attirée par les rapports physiques. Le sexe ne l'intéresse pas, ou très peu. Si elle peut bien évidemment avoir des relations amoureuses, il s'agit généralement d'amour platonique. Selon l'association pour la visibilité asexuelle (AVA), l'asexualité concernerait environ 1% de la population mondiale.

Il existe peu de faits scientifiques sur le sujet mais selon une étude américaine datant de 2004 (Bogaert, J Sex Res, 2004), l'asexualité pourrait avoir une explication biologique liée à l'exposition aux androgènes pendant la période prénatale. Une explication que rejettent beaucoup d'asexuels ! Ces derniers précisent que l'axesualité n'est ni un trouble psychique, ni une maladie. Il est également important de ne pas la confondre avec l'abstinence qui est une absence de sexualité choisie. Les asexuels ont quant à une vie épanouie sans sexualité, tout simplement car ils n'en éprouvent ni le besoin, ni le désir. Certains asexuels vont en revanche éprouver du plaisir grâce à la masturbation, qui est une pratique solitaire.

L’asexualité, une orientation sexuelle souvent prise à tort pour une maladie

À ne pas confondre avec l’abstinence, l’asexualité est le fait de ne pas ressentir le besoin d’avoir des relations sexuelles.

 

Tout le monde ne court pas après une sexualité épanouie. Certaines personnes vont même jusqu’à refuser tout rapport. Parmi elles figurent les abstinents volontaires, pour des raisons personnelles, par choix. C’est le cas des prêtres. Pour ne pas faillir à leur vœu de chasteté, ils élaborent des stratégies et un mode de vie pour ne pas céder à la tentation, intellectuellement et pratiquement.

Le choix de ne pas passer à l’acte

Pour d’autres, ce n’est pas un choix, mais une tendance inscrite dans la personnalité. Certains hommes et femmes n’ont, pour ainsi dire, aucun désir, aucune envie de relations sexuelles ni de masturbation. On les appelle des asexuels: une orientation claire, le plus souvent revendiquée.

«On ne choisit pas son asexualité, pas plus qu’on ne choisit son homosexualité. Il y a probablement des signaux d’ordre hormonaux qui agissent, et peut-être des événements pendant la vie embryonnaire, ou pendant les premières années de vie. Personne n’a de réponse. En attendant, pour faire accepter leur différence face à l’incompréhension du plus grand nombre, les personnes asexuelles se déclarent comme telles, s’organisent en associations, militent pour leur cause», explique le Dr Pierre Desvaux, président du Syndicat national des médecins sexologues.

L’asexualité est presque une revendication identitaire, à l’image de la mouvance LGBT, sans que cela pose problème à la société. «Car l’asexualité ne dérange pas, contrairement à d’autres orientations sexuelles qui interpellent», poursuit le médecin.

Ils ne désirent personne : que savons-nous des asexuels ?

Vie de couple

 

 INVISIBLES - L'asexualité se caractérise par une absence totale d'attirance sexuelle pour quiconque. Des femmes et des hommes rétifs au désir qui demeurent victimes de bien des préjugés. Deux sexologues nous éclairent.

 

 Une personne asexuelle ne ressent pas d’attirance sexuelle, c’est son orientation sexuelle. Une pratique méconnue, hâtivement assimilée de l'extérieur à un "choix de vie comme l’abstinence", à un "trouble de la sexualité comme l'anorgasmie" ou encore à une "pathologie". Rien à voir, pourtant... Premier grand préjugé : cet amalgame redoutable voulant que "asexuel" rime avec "asexué". Une confusion que déplore le sexologue Patrick Papazian, sollicité par LCI : "Un être asexué n’a pas d’organes génitaux. Un asexuel, lui, a les organes génitaux et peut parfaitement avoir des rapports sexuels, il peut être homo, hétéro, bisexuel ou peu importe... il peut éprouver des sentiments amoureux mais ne veut tout simplement pas de sexualité génitale".

D’accord, mais question naïve : d’où peut venir cette "absence de désir envers une personne" ? Aucune réponse évidente : "Peu d’études scientifiques existent sur l’asexualité", confirme la sexologue Anne Marie Lazartigues. Ce que l'on sait, c'est que biologiquement, les asexuels peuvent avoir des rapports sexuels, des orgasmes. "Mais pour faire l'amour, pour jouir du rapport intime, il importe de supporter la différence, précise-t-elle. Or, ils peuvent tout simplement se révéler fragiles au niveau identitaire et cette rencontre intime avec l'autre peut les mettre en difficulté." Autrement dit, le rapport sexuel n'est pas envisageable pour eux, alors que la masturbation, si. Aucun jugement à porter ou tentative de normalisation à apporter ; c'est juste une vraie distance avec la sexualité, comme si "les asexuels n'avaient pas été programmés pour ça". 

Élargir sa compréhension de la sexualité

 

Lorsqu'on se questionne sur la définition d'asexualité, l’Association pour la visibilité asexuelle nous propose cette définition: «une personne asexuelle ne ressent pas d’attirance sexuelle». Cela dit, lorsqu’on fouille, on découvre que l’asexualité est un sujet beaucoup plus complexe et riche que ne l’indique cette définition. Entretien avec la sexologue et psychothérapeute Joannie Gauthier de même qu’avec Maude*, une jeune femme asexuelle, pour mieux comprendre ces gens qui choisissent parfois de mettre le sexe de côté.


Questionnée sur la définition de l’asexualité, la sexologue Joannie Gauthier croit également qu’une mauvaise compréhension ou une compréhension limitée de la sexualité peut modeler notre interprétation de ce qu’est l’asexualité. «Par exemple, on peut avoir une sexualité qui n’inclut pas de pénétrations, même si la société définit la pénétration comme nécessaire à la définition de la sexualité. Embrasser quelqu’un fait partie de la vie sexuelle.» Ainsi, en réévaluant notre définition de ce qu’est la sexualité, notre perception de l’asexualité sera elle aussi amenée à changer.

 

Être asexuel(le)

Dans un autre ordre d’idées, il y a ceux et celles qui choisissent de ne pas avoir de relations sexuelles parce qu’ils n’y voient pas l’intérêt et qu’ils n’ont pas d’attirance sexuelle envers qui que ce soit. «Ça ne veut pas dire qu’ils n’ont pas envie d’avoir une relation de proximité avec quelqu’un», précise madame Gauthier. C’est le cas de Maude, une jeune femme asexuelle dans la vingtaine.

À l’adolescence, Maude vit ses premières expériences sexuelles, «comme tout le monde», plutôt par curiosité que par envie. «C’était de mon plein gré, mais ce n’était pas moi qui prenais les initiatives», se souvient-elle.


Pas comme les autres

Dès sa première relation amoureuse, elle se sent différente des autres. «Je me rendais compte que je ne prenais jamais l’initiative d’avoir des relations sexuelles. J’entendais parler les gens. Ils aimaient ça, ils couraient après le sexe. C’est correct, mais ce n’était pas mon cas. Quand j’ai laissé mon ex, j’ai été quatre ans célibataire, sans ressentir de manque. Sans courir après ça. Mes amis se demandaient comment je faisais.»

La jeune femme en vient à se questionner sur son orientation sexuelle, mais elle ne ressent pas d’attirance sexuelle ni envers les hommes ni envers les femmes.

L’asexualité, phénomène contemporain ?

En 1923, dans La disparition du complexe d’Œdipe, Freud avait conclu, à propos de l’identité sexuelle, que « l’anatomie est le destin ». Or le système discursif actuel a considérablement changé depuis, tant et si bien que les débats sur la liberté de choix qui concernent et l’orientation sexuelle et l’être sexué, se sont multipliés et diversifiés.

Notons en ce sens l’apparition d’un nouveau mouvement, celui des « asexués », désigné par la lettre « A » par les adeptes eux-mêmes, comme pour signifier la privation de leur sexuation. Comme le souligne Jean-Louis Chassaing 

[2] Chassaing Jean-Louis (2008). La position du démissionnaire...., ce mouvement né dans les années 2000 semble avoir été créé par un Américain de 23 ans, nommé David Jay. Constitués en une véritable communauté, via Internet, les asexuels forment un groupe d’origine américaine tout d’abord, puis avec une extension britannique et hollandaise. Il s’agit d’un véritable « phénomène » qui entend rassembler, au titre d’une norme et non d’un pathos, des sujets dont l’orientation sexuelle impliquerait l’absence de tout acte sexuel.

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